Observation des dermatocystides et des poils du revêtement des russules.
par Jean LACHAPELLE

Préambule.
Ce texte est déjà publié sur le site Internet
http://users.skynet.be/Champignons_passion, site dont nous recommandons vivement la consultation. Ce site a été conçu par Marcel Lecomte qui est un membre actif de la Société des Naturalistes Namur-Luxembourg et de la Société des Mycologues du Luxembourg Belge. Particulièrement dévoué, il s'est fixé pour objectif d'aider ses collègues mycologues en mettant à leur disposition, à un prix raisonnable, un très grand nombre de produits et de réactifs chimiques utilisés en macroscopie et microscopie des champignons. Cette initiative entièrement bénévole est supportée financièrement par la SMLB, et a été lancée pour rendre hommage à Didier BAAR, décédé accidentellement il y a 2 ans, et qui avait lancé cette idée au sein du Cercle de Neufchâteau. Ces produits sont préparés et conditionnés avec tout le soin requis; en outre, toute livraison est accompagnée d'une précieuse notice (propriétés, mode et domaine d'emploi, dangers du produits, etc.) qui peut être consultée sur le site nommé ci-dessus. Il présente aussi sur son site Internet des articles d'intérêt général sur la pratique de la microscopie.
Le Koninklijke Antwerpse Mycologische Kring a mis sur pied une section Russule animée par Guy Lejeune et Ruben Walleyn. Cette section s'est donnée pour but d'étudier les Russules, plus particulièrement celles rencontrées en Flandre. Notre article se veut une contribution à leur activité; il complète ainsi les soirées éducatives que le Cercle organise.


Henri ROMAGNESI a montré toute l'importance qu'il faut attacher dans le genre Russula à l'observation de deux éléments du revêtement : les dermatocystides et les poils cuticulaires.
Romagnesi ne voyait pas de difficultés majeures dans l'observation de ces poils ; en revanche, il a souligné le fait que "Des mycologues expérimentés n'ont pas perçu des dermatocystides épicuticulaires là où elles existaient pourtant". Ces dermatocystides, selon lui, sont "essentiellement caractérisées par la présence de corps noircissants dans les réactifs sulfoaldéhydiques".
Nous pensons que les amateurs de russules, impressionnés par ce grand maître, se sont peut-être trop focalisés sur la prétendue difficulté d'observation des dermatocystides et du coup n'ont pas osé les observer dans un milieu autre que les réactifs sulfoaldéhydiques.
Nous proposons ci-après un modus operandi, relativement simple d’application, et qui donne généralement des résultats d'une excellente lisibilité. Dans un premier temps, il ne nous paraît pas indispensable d'utiliser ces réactifs sulfoaldéhydiques, qui sont d'un maniement délicat, voire dangereux, car ils impliquent la mise en œuvre d'acide sulfurique à haute concentration, avec les risques de manipulation que cela comporte. Notre expérience personnelle nous conduit à penser que ces derniers réactifs sont à réserver à de rares cas "récalcitrants".

Les conditions à remplir pour arriver à une bonne mise en évidence des dermatocystides sont :
1° Comme le souligne quasi impérativement Romagnesi : travailler sur des sujets frais.
2° Réaliser un scalp bien en biais, dans une partie du revêtement cuticulaire proche du centre du chapeau.
3° Utiliser un colorant adéquat.
Le rouge Congo, plus particulièrement dans une solution aqueuse à laquelle on a adjoint du SDS (Sulfo Dodécyl Sulfate), selon la formule de Clémençon, révèle en général extrêmement bien les dermatocystides, mais aussi, il est important de le souligner, les poils de la cuticule.

Dans un article paru dans le Bulletin de la SMF, (t. 105, fasc. 1) sous la plume de Bart BUYCK, l'auteur signale que pour l'étude de la cuticule des russules, le bleu de crésyl aboutit souvent à un très bon résultat, à condition que le prélèvement soit suffisamment petit. En outre, il présente deux grands avantages :
1° Quoique moins lumineux que le rouge Congo, ce colorant révèle, non seulement les dermatocystides et les poils mais aussi et très bien, les laticifères et les incrustations notamment des hyphes primordiales, sans parler de ses propriétés métachromatiques.
2° La réaction est peu influencée par l'état du champignon, qu'il soit jeune ou vieux, frais ou même en l'état d'exsiccata.

Lorsque la cuticule est visqueuse, ce qui est assez fréquent parmi les russules, le bleu de toluidine s'avère plus recommandable que les colorants précédents.
Nous utilisons le bleu de crésyl alcoolique préparé selon la formule de Clémençon : il est facile d'emploi et de longue conservation. Vous trouverez cette formule dans la fiche technique de Marcel Lecomte (consulter son site Internet) ou dans l'ouvrage classique de Moser, Die Blätterpilze. B. BUYCK en recommande l'emploi.
En suivant minutieusement la méthode décrite ci-dessous, il est rare de rencontrer un échec ; si c’est le cas, il faut alors s'interroger sur la cause du problème et chercher l’erreur de manipulation ; et surtout, plus pragmatiquement, ne pas craindre d’effectuer une nouvelle préparation. Eventuellement, utiliser un autre colorant. Si le manque de résultats se confirme et qu’après cela, vous n’arrivez pas à mettre en évidence les dermatocystides, il est temps d’avoir recours à la panoplie des réactifs sulfoaldéhydiques !

Voici comment nous recommandons de procéder :·
·  Prélever un scalp de quelques millimètres sur une zone ± proéminente (pincer si nécessaire) située près du centre du chapeau, approximativement au 1/3 du rayon, en prenant soin de biaiser aussi finement que possible.
·  Déposer le scalp dans l'eau, le retourner et éponger.
·  Sous la loupe binoculaire (à défaut, sous une loupe quelconque et sous un bon éclairage), découper l'étroit pourtour biaisé (le bord du bord !) ; le débiter en quelques très petits morceaux qui doivent ressembler à des lambeaux de dentelle ; les transporter "par voie d'eau" dans le colorant choisi.
·  Laisser agir le colorant un moment ; poser la lame couvre objet ; écraser doucement d'un mouvement vertical (et non de translation) de manière à avoir une dispersion centrifuge (en bouquet) qui révèle mieux le "chevelu".
·  Si l'observation à sec (400 ou 600x) suffit généralement, elle est tout de même meilleure sous l'objectif à immersion. Ne pas oublier de retirer l'éventuel filtre bleu du microscope lors de l'emploi d'un colorant bleu

 

 


 Microscopie russules